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	<title>Petits points cardinaux</title>
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		<title>Retour &#224; la langue perdue</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1 - La premi&#232;re alerte survint alors que je roulais sur l'autoroute en direction de Narbonne. &lt;br class='autobr' /&gt;
2 - Mon arri&#232;re-grand-m&#232;re maternelle avait &#233;t&#233; la derni&#232;re de mon entourage que j'entendis parler proven&#231;al. &lt;br class='autobr' /&gt;
3 - La seule fois o&#249; j'entendis mon grand-p&#232;re parler dans cette langue, c'&#233;tait &#224; Nice, sur le march&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
4 - Si nous ne parlions pas le proven&#231;al, c'&#233;tait pourtant une langue dans laquelle nous avions le droit de chanter. A l'&#233;glise. &lt;br class='autobr' /&gt;
5 - Je ne sus que des ann&#233;es plus tard l'origine du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/183' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1 - La premi&#232;re alerte survint alors que je roulais sur l'autoroute en direction de Narbonne.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/184' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2 - Mon arri&#232;re-grand-m&#232;re maternelle avait &#233;t&#233; la derni&#232;re de mon entourage que j'entendis parler proven&#231;al.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/185' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3 - La seule fois o&#249; j'entendis mon grand-p&#232;re parler dans cette langue, c'&#233;tait &#224; Nice, sur le march&#233;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4 - Si nous ne parlions pas le proven&#231;al, c'&#233;tait pourtant une langue dans laquelle nous avions le droit de chanter. A l'&#233;glise.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/189' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5 - Je ne sus que des ann&#233;es plus tard l'origine du &lt;i&gt;Coupo santo&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/190' class=&#034;spip_in&#034;&gt;6 Je tournais donc le dos &#224; la terre et &#224; la langue.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/191' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 - Des innombrables villes et quartiers dont l'Ile-de-France est nantie, ce fut sur la commune de Draveil qui m'accueillit.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/192' class=&#034;spip_in&#034;&gt;8 - A quel point Maurras &#233;tait proven&#231;al, je ne l'ai d&#233;couvert que tr&#232;s r&#233;cemment&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/196' class=&#034;spip_in&#034;&gt;9 - Je veux croire &#224; cet air du temps que l'on respire sans y prendre garde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/197' class=&#034;spip_in&#034;&gt;10 - &#201;tions-nous condamn&#233;s (nous, proven&#231;aux de la marge, occitans des fronti&#232;res) &#224; devoir toujours chercher notre v&#233;rit&#233; sur des terres et dans une histoire qui n'&#233;taient pas les n&#244;tres ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/198' class=&#034;spip_in&#034;&gt;11 - De toutes ces identit&#233;s perdues, je ne pouvais finalement revendiquer aucune.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/199' class=&#034;spip_in&#034;&gt;12 - Il arriva qu'ayant publi&#233; un roman qui se passait &#224; Nice, le Nice de mon enfance, un &#233;diteur s'avisa de me commander un texte sur cette ville qui, par bien des aspects, m'&#233;tait devenue &#233;trang&#232;re.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/200' class=&#034;spip_in&#034;&gt;13 - Lorsque je reviens dans &#034;mon&#034; village et en parcours les &#233;troites ruelles, c'est bien des langues que j'y entends d&#233;sormais. Anglais, allemand, n&#233;erlandais. Et l'arabe, aussi.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/201' class=&#034;spip_in&#034;&gt;14 - Au jour o&#249;, &#224; Mouans-sartoux, je fus saisi par cette langue, je m'empressai d'acheter deux livres de Rob&#232;rt Lafont que j'emportai aussit&#244;t dans mon exil francilien.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/202' class=&#034;spip_in&#034;&gt;15 - Il faut que je fasse attention, me dit ma m&#232;re, au t&#233;l&#233;phone. Je glisse de plus en plus facilement des mots de proven&#231;al dans ce que je dis. Je vais finir comme ma grand-m&#232;re...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re alerte survint alors que je roulais sur l'autoroute en direction de Narbonne. Je venais de passer Montpellier. A force de man&#339;uvrer l'auto-radio en qu&#234;te de quelque chose d'audible, m'&#233;tait parvenu un Aqui radio lenga d'oc, una radio del nord de la Miegterrana... sur lequel je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;. Je m'amusais &#224; essayer d'en comprendre quelques bribes. La r&#233;gularit&#233; du moteur faisait une sorte de basse continue et sans, que j'y prenne garde, la langue (les mots, les phrases, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re alerte survint alors que je roulais sur l'autoroute en direction de Narbonne. Je venais de passer Montpellier. A force de man&#339;uvrer l'auto-radio en qu&#234;te de quelque chose d'audible, m'&#233;tait parvenu un &lt;i&gt;Aqui radio lenga d'oc, una radio del nord de la Miegterrana...&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici Radio langue d'oc, une radio du nord de la M&#233;diterran&#233;e&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur lequel je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;. Je m'amusais &#224; essayer d'en comprendre quelques bribes. La r&#233;gularit&#233; du moteur faisait une sorte de basse continue et sans, que j'y prenne garde, la langue (les mots, les phrases, les paroles, les chansons aussi) avait fini par se caler dessus, par emplir tout l'espace, par transformer l'habitacle en une sorte de bulle qui avan&#231;ait au fil du paysage, l'alternance de terres et de roches, de vignes, de mer, n'ouvrant paradoxalement plus &#224; des horizons, des perspectives, des lignes de fuite conduisant le regard hors de la voiture, mais le retournant sur lui-m&#234;me, vers l'int&#233;rieur, ce que je voyais &#233;tant en quelque sorte l'exact &#233;cho visuel de ce que j'entendais, comme si l'auto-radio avait eu cette capacit&#233; de projeter en image sur les vitres de la voiture ce qu'il diffusait en paroles et en musiques, j'&#233;tais pris dans ce mouvement de moteur et de langue, tout mon corps se dilatant au souvenir d'une patrie oubli&#233;e, jardin qu'il avait cru perdu (ou plut&#244;t non, il n'avait rien cru, &#231;a s'&#233;tait totalement effac&#233; sans qu'il y prenne garde), une terre qu'avant m&#234;me que j'ai pu mettre cela en mots il reconnaissait comme celle &#224; l'int&#233;rieur de laquelle il avait pris vie, si bien qu'une fois perdue la fr&#233;quence de cette radio, le brouillage intermittent d'abord, les nombreuses tentatives pour am&#233;liorer l'&#233;coute ensuite, ce fut, oui, comme une sorte de deuil, sentiment de tristesse et de perte, langue perdue &#224; peine retrouv&#233;e &#8211; sinon la perspective de la retrouver au retour, ce qui arriva effectivement. Ce fut alors pendant des kilom&#232;tres toute une gloire de langues o&#249; se m&#234;laient merveilleusement occitan, fran&#231;ais, anglais, arabe aussi, entrelacements d'un monde r&#234;v&#233;, possible, mais sur l'instant r&#233;el, dont, seul dans la voiture, j'eus un long moment le sentiment d'&#234;tre l'unique et &#233;ph&#233;m&#232;re ressortissant. Apr&#232;s, tout fut &#224; nouveau englouti dans les gr&#233;sillements. Puis le silence. J'entrais en pays de volcans &#233;teints. C'&#233;tait la route vers le nord. L'exil consenti. Et l'oubli.
&lt;br/&gt;
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&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
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La seconde alerte eut lieu deux ou trois semaines semaines plus tard. Elle pr&#233;c&#233;dait de quelques heures l'attaque qui serait d&#233;cisive. Je d&#233;ambulais dans les all&#233;es du salon du livre de Mouans-Sartoux o&#249; j'avais &#233;t&#233; invit&#233;, je passais d'un stand &#224; l'autre, ici je feuilletais un livre, l&#224; je discutais avec un exposant, un auteur. J'arrivais sur le stand des &#233;ditions Jorn. &#171; Po&#233;sie occitane contemporaine &#187;. Sur la table il y avait un livre de Joan-Luc Sauvaigo, po&#232;te ni&#231;ois dont j'avais autrefois appr&#233;ci&#233; les textes mis en musique. &lt;i&gt;Compendi derisori dau desidori&lt;/i&gt; / Compendium d&#233;risoire du d&#233;sir. M'aidant de la traduction, je tentais de lire quelques textes. J'y retrouvais cette mani&#232;re d'&#233;crire qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;lation d'une &lt;i&gt;beat generation&lt;/i&gt; occitane, ni&#231;oise plus pr&#233;cis&#233;ment, dont Sauvaigo avait &#233;t&#233; l'un des h&#233;rauts incongrus - &lt;i&gt;beatnik perdu de la nissarditude&lt;/i&gt; disait la notice de pr&#233;sentation - lui qui - &lt;i&gt;fid&#232;le &#224; une triple utopie : Occitanie, po&#233;sie, r&#233;volution&lt;/i&gt;, disait encore la notice - voulait faire retentir dans la langue perdue des pulsations d'outre-oc&#233;an. Tout en feuilletant le &lt;i&gt;Compendi&lt;/i&gt; de Sauvaigo, je discutais avec ses &#233;diteurs. A quel moment ai-je r&#233;alis&#233; qu'ils me parlaient en occitan ? Sans doute l'avaient-ils fait assez naturellement, et comme je les avais laiss&#233; faire, ils avaient continu&#233;. Peut-&#234;tre m&#234;me avais-je manifest&#233; d'un signe de t&#234;te ou de la main que je pouvais comprendre. Je leur r&#233;pondais &#224; peine, pris que j'&#233;tais entre les mots que je lisais et ceux que j'entendais. Double voix pour une m&#234;me musique qui n'&#233;tait pas celle des chansons anciennes attach&#233;es au souvenir d'autres textes de Sauvaigo, mais celle, ber&#231;ante, enveloppante, des phrases de mes interlocuteurs (mes locuteurs, plut&#244;t, puisque je ne disais plus rien), la langue me ballottait, j'aurais presque pu dire : me dorlotait, pr&#234;te &#224; me saisir pour peu que j'y consente. C'est ce qui advint quelques heures plus tard.
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Poursuivant mon errance &#224; travers les all&#233;es du Salon, j'&#233;tais parvenu sur le stand de l'Institut d'&#201;tudes occitanes. Assis de chaque c&#244;t&#233; d'une table, un homme et une femme discutaient tranquillement dans la vieille langue perdue. Je les &#233;coutais. Sans aucune vergogne. Je feuilletais distraitement des livres et je les &#233;coutais. Lorsque au bout d'un moment la femme se tourna vers moi et me demanda si je voulais un renseignement, s'il y avait l&#224; un livre qui m'int&#233;ressait, sortir de ma bouche des mots que je savais n'avoir jamais prononc&#233; : &lt;i&gt;M'agrado de vos escotar&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'aime vous &#233;couter&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne compris vraiment en quelle langue j'avais parl&#233; qu'au sourire de la femme, me disant qu'elle &#233;tait heureuse que je lui r&#233;pond&#238;t dans la langue. La conversation se noua. Les mots glissaient hors de ma bouche plus que je les en faisais sortir. Eusses-je ma&#238;tris&#233; ce qui m'arrivait que je me serais tu, trop conscient que j'aurais &#233;t&#233; de l'incorrection de ce que je disais, phrases cahoteuses, mots trop vite venus du fran&#231;ais, &#233;tait-ce du ni&#231;ois ? du proven&#231;al ? de l'occitan ? tout cela m&#234;l&#233; sans doute, mais ce qui entra&#238;nait ma parole et d&#233;jouait les freins qu'aurait pu y mettre une volont&#233; de ma&#238;trise, c'&#233;tait le rythme, le souffle, quelque chose de la langue bien plus originel que les mots, le limon des phrases, peut-&#234;tre. Saisi litt&#233;ralement &#224; la gorge par cette langue qui me survenait sans crier gare, qui se glissait de ma gorge &#224; ma bouche comme un sang qui m'aurait pr&#233;c&#233;d&#233;, je n'avais plus qu'&#224; l'accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/184' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici Radio langue d'oc, une radio du nord de la M&#233;diterran&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'aime vous &#233;couter&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>2</title>
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&lt;p&gt;Mon arri&#232;re-grand-m&#232;re maternelle avait &#233;t&#233; la derni&#232;re de mon entourage que j'entendis parler proven&#231;al. N&#233;e &#224; Claviers, un petit village du haut-var, elle avait pourtant fait beaucoup d'efforts pour s'obliger au bien parler et rejeter dans les arri&#232;res-cours de sa vie paysanne ce patois d&#233;consid&#233;r&#233;. Elle s'&#233;tait en tout cas employ&#233;e &#224; ce que ses enfants s'en tiennent &#224; la langue nationale impos&#233;e qui ouvrirait &#224; certains d'entre eux les portes de la fonction publique. Elle y r&#233;ussit si (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon arri&#232;re-grand-m&#232;re maternelle avait &#233;t&#233; la derni&#232;re de mon entourage que j'entendis parler proven&#231;al. N&#233;e &#224; Claviers, un petit village du haut-var, elle avait pourtant fait beaucoup d'efforts pour s'obliger au bien parler et rejeter dans les arri&#232;res-cours de sa vie paysanne ce patois d&#233;consid&#233;r&#233;. Elle s'&#233;tait en tout cas employ&#233;e &#224; ce que ses enfants s'en tiennent &#224; la langue nationale impos&#233;e qui ouvrirait &#224; certains d'entre eux les portes de la fonction publique. Elle y r&#233;ussit si bien que jamais je n'entendis ma grand-m&#232;re, sa fille, prononcer une phrase enti&#232;re en proven&#231;al, seulement quelques mots ici et l&#224; qui &#233;chappaient, ou lorsqu'il n'y en avait pas vraiment d'autres pour dire des gestes, des objets, des plantes intimement li&#233;s &#224; la vie du village qu'elle avait elle aussi quitt&#233;. L'installation &#224; Nice avait en quelque sorte ent&#233;rin&#233; cet effacement d'un parler qui sentait trop sa campagne. A essayer de r&#233;entendre sa voix, j'ai m&#234;me l'impression que ma grand-m&#232;re parlait avec une forme d'accent pointu. Quant &#224; sa s&#339;ur qui, la premi&#232;re, avait migr&#233; &#224; la ville, et chez qui par la suite l'arri&#232;re-grand m&#232;re &#233;tait venue s'installer, elle avait &#233;pous&#233; un alsacien et rien qu'&#224; lire le nom sur sa porte lorsqu'on venait la voir, j'avais l'impression d'acc&#233;der moi aussi &#224; quelque chose de cette contr&#233;e lointaine. Je n'avais que quelques ann&#233;es. Et aucune id&#233;e de ce que pouvait &#234;tre aussi bien l'Alsace que la Provence. J'avais bien conscience de ce que l'arri&#232;re-grand-m&#232;re parlait une autre langue que moi, mais ce n'&#233;tait pas celle d'un autre pays, ni d'une autre terre. C'&#233;tait la langue pr&#233;cise et limit&#233;e de cet univers confin&#233; et clos dans lequel elle allait passer ses derniers mois, une sorte d'alc&#244;ve, pi&#232;ce sans fen&#234;tre en tout cas, un lit, une armoire, une chaise, et elle dans le lit puisqu'elle ne se levait plus. Assise sur la chaise, lui tenant bien souvent la main, ma grand-m&#232;re lui parlait &#224; voix douce, semblant comprendre ce que la vieille femme lui disait (je ne saurais dire en quelle langue elle lui r&#233;pondait), quant &#224; moi, au pied du lit, j'essayais de la distraire en lui faisant ce que j'appelais de la gymnastique et elle &lt;i&gt;lo circo&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;le cirque&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et lorsque ma grand-m&#232;re tentait de me faire arr&#234;ter, c'&#233;tait elle la vieille femme sa m&#232;re qui plaidait pour que je continue, &lt;i&gt;M'agrado de li veire faire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'aime le voir faire&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle disait, &lt;i&gt;Me fa de ben&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#231;a me fait du bien&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et je reprenais mes gesticulations. Il y avait un sourire dans ces mots brefs qu'elle me disait. Je ne saurais dire s'il &#233;tait du &#224; la clart&#233; particuli&#232;re qu'apportait cette langue dans ce r&#233;duit obscur, ou si c'&#233;tait le fr&#234;le bonheur de cet instant de derni&#232;re vie &#224; voir danser devant elle celui qui lui survivrait longtemps. Dans mon esprit, tout cela est m&#234;l&#233;. La langue, l'alc&#244;ve, le p&#226;le &#233;clat de lumi&#232;re comme une de ces bougies &#171; de la chandeleur &#187; qui br&#251;lait toujours aupr&#232;s d'elle. Je ne sus que plus tard que cette lueur de langue qui r&#233;pondait &#224; mes acrobaties d'enfant l'avait submerg&#233;e peu de temps auparavant. L'attaque qui l'avait effondr&#233;e et r&#233;duite &#224; rester au lit jusqu'&#224; son dernier jour avait, dans le m&#234;me temps, fait resurgir une langue qu'elle ne parlait pour ainsi dire plus depuis qu'elle avait quitt&#233; le village et ceux qui pouvaient la parler avec elle. Dans cette alc&#244;ve sombre &#224; l'odeur de malade, la langue s'&#233;tait lev&#233;e en elle, sorte d'insurrection de vie et de terre, surrection plut&#244;t comme on le dit en g&#233;ologie. Il avait fallu ce s&#233;isme pour que la puissance en elle de cette langue contenue fasse pression d&#233;cisive sur la cro&#251;te de biens&#233;ance langagi&#232;re, de bien parler, de bien se tenir, que les ann&#233;es avaient fini par s&#233;dimenter jusqu'&#224; ce qu'elle se persuade que c'&#233;tait aussi bien sa propre chair. Comme d'autres sous de pareils coups se remettent &#224; des gestes d'enfant, c'&#233;tait la langue &#224; laquelle elle &#233;tait n&#233;e qui avait fait en elle le grand m&#233;nage, imp&#233;rieuse enfin, toute puissante, et pour tout dire : solaire. Pas &#233;tonnant que dans les ombres de l'alc&#244;ve o&#249; la vieille femme attendait la mort, le retour imp&#233;tueux de la langue enfouie ait provoqu&#233; de pareils &#233;clats dont s'orn&#232;rent imm&#233;diatement les maigres mots que je pus prononcer le jour o&#249;, moi-m&#234;me, &#224; Mouans-Sartoux, reprenant, sans en avoir conscience, cette expression qu'elle m'adressait : &lt;i&gt;M'agrado&lt;/i&gt;..., je fus saisi par la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car jamais cette langue n'avait &#233;t&#233; parl&#233;e chez nous. Elle avait m&#234;me pour nous quelque chose d'exotique lorsque, au village, invit&#233;s chez la voisine courti&#232;re en roses et jasmins pour la parfumerie, nous l'entendions parler avec son ouvrier, homme &#224; tout faire autant que de compagnie, avec qui, c&#233;libataire, elle vivait. Entre eux, ils ne parlaient jamais que patois.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici je dis &#034;patois&#034;, et non pas &#034;proven&#231;al&#034; - encore moins &#034;occitan&#034;. Mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La langue se m&#234;lait aux odeurs contrast&#233;es de vieille fille, de daube cuisant sur le fourneau, de chats tournant autour de la table, tout cela &#233;trangement &#224; l'&#233;cart des fragrances de jasmin ou de rose qui, de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, ent&#234;taient le local o&#249; elle r&#233;ceptionnait les fleurs apport&#233;es par les cueilleurs. L'amiti&#233; qu'elle avait pour notre famille nous permettait, joie sublime, &#233;lection qui &#224; ces instants l&#224; nous mettaient, ma s&#339;ur et moi, au dessus de tout, de l'accompagner jusqu'&#224; la raffinerie o&#249; elle apportait les fleurs, couch&#233;s &#224; l'arri&#232;re du &#171; tube &#187; Citro&#235;n &#224; m&#234;me les toiles humides qui recouvraient les grandes pani&#232;res en osier emplies &#224; ras-bord de jasmin, baign&#233;s de cette odeur que l'on pressentait divine ou peut-&#234;tre ensorcelante tant elle faisait tourner la t&#234;te, et arriv&#233;s &#224; la parfumerie c'&#233;tait la naus&#233;e assur&#233;e, les virages de la route y &#233;tant aussi pour beaucoup. La voisine courti&#232;re ne conduisait pas. Son ouvrier non plus. La t&#226;che en &#233;tait d&#233;volue &#224; un monsieur Roux &#233;tranger au village que l'ironie familiale a toujours rapproch&#233; du monsieur Blanc des parties de cartes de Pagnol. Avec lui elle parlait fran&#231;ais. Si bien qu'&#224; aucun moment le go&#251;t de la langue et celui du jasmin dans lequel nous baignions ne faisaient cause commune. Sans doute la courti&#232;re parlait-elle patois avec ceux qui lui apportaient les fleurs. Mais le local o&#249; elle les recevait &#233;tait si exigu que nous ne pouvions pas nous y glisser. Nous restions &#224; la porte. A la porte des noces envo&#251;tantes du sentir et du parler. Pour autant, cette langue ne nous fut jamais officiellement interdite. Les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes qui avaient subi d&#232;s l'&#233;cole le fameux panneau &#171; Interdit de parler patois et de cracher par terre &#187; avaient d&#233;j&#224; fait le vide. Elle &#233;tait l&#224;, pr&#233;sente, c&#244;toy&#233;e, comme ces vieilles choses un peu bizarres d'un pass&#233; qui n'a pas tout &#224; fait pass&#233;, anomalies, anachronismes, qui pour autant ne g&#226;tent pas le paysage. M&#234;me si l'&#233;poque n'&#233;tait pas encore &#224; l'invention d'un pass&#233; artificiel au gr&#233; des brocantes et des vieilleries faisant &#171; couleur locale &#187;, ce patois &#233;tait comme une frise en bordure de nos vies. Je ne suis m&#234;me pas certain d'avoir su &#224; l'&#233;poque que ce patois &#233;tait une langue qui s'appelait le Proven&#231;al. Ce n'&#233;tait que le parler du village auquel, d&#232;s le dimanche soir, ou bien &#224; la fin des vacances, nous tournions bien vite le dos pour revenir &#224; Nice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/183' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/185' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;le cirque&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'aime le voir faire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#231;a me fait du bien&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici je dis &#034;patois&#034;, et non pas &#034;proven&#231;al&#034; - encore moins &#034;occitan&#034;. Mais il n'y a l&#224; aucun jugement sur la langue que pouvait parler la voisine courti&#232;re. Simplement la conscience qu'elle avait de ce qu'elle parlait - elle savait bien que c'&#233;tait du &#034;proven&#231;al&#034;, mais que c'&#233;tait de l'&#034;occitan&#034; ? A chaque fois on pourra, dans les pages qui suivent, substituer l'un ou l'autre de ces termes. Je les &#233;cris comme ils viennent. Au plus pr&#232;s du regard que portent sur eux-m&#234;mes ceux dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>3</title>
		<link>https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/185</link>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;La seule fois o&#249; j'entendis mon grand-p&#232;re parler dans cette langue, c'&#233;tait &#224; Nice, sur le march&#233;. Le jeudi, j'aimais bien y aller avec lui. Je lui donnais la main. De l'autre, il tenait son cabas noir. Nous d&#233;ambulions entre les &#233;talages du cours Saleya. Fleurs. Fruits. L&#233;gumes. D'abord il faisait le tour. Regardait. Comparait. Puis s'&#233;tant fait un avis il d&#233;cidait de ce qu'il allait acheter (et donc de ce que nous allions manger) et &#224; quel marchand il allait le faire. Alors que bon nombre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La seule fois o&#249; j'entendis mon grand-p&#232;re parler dans cette langue, c'&#233;tait &#224; Nice, sur le march&#233;. Le jeudi, j'aimais bien y aller avec lui. Je lui donnais la main. De l'autre, il tenait son cabas noir. Nous d&#233;ambulions entre les &#233;talages du cours Saleya. Fleurs. Fruits. L&#233;gumes. D'abord il faisait le tour. Regardait. Comparait. Puis s'&#233;tant fait un avis il d&#233;cidait de ce qu'il allait acheter (et donc de ce que nous allions manger) et &#224; quel marchand il allait le faire. Alors que bon nombre des commer&#231;ants s'apostrophaient en nissard et s'adressaient &#224; certains de leurs clients dans ce parler qui ressemblait beaucoup &#224; celui du village, mon grand-p&#232;re leur r&#233;pondait dans le fran&#231;ais le plus correct, sans accent, il avait dans son enfance b&#233;n&#233;fici&#233; d'un pr&#233;cepteur qui lui avait inculqu&#233; la perfection orthographique, le go&#251;t de la lecture, et alors qu'il en avait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; devenir concierge d'une administration, sa pratique pointilleuse du fran&#231;ais &#233;tait rest&#233;e sa fiert&#233;, mani&#232;re de faire entendre que sa fonction ne correspondait pas &#224; son rang. En hiver, le march&#233; se d&#233;pla&#231;ait sur l'esplanade du Paillon, puis au bout de quelques semaines apparaissaient les marchands de sapins qui faisaient na&#238;tre en pleine ville une v&#233;ritable for&#234;t &#224; l'odeur forte de r&#233;sine &#224; travers laquelle je l'entra&#238;nais m&#234;me si ce n'&#233;tait pas notre chemin. Viendrait le jour o&#249; il aurait d&#233;cid&#233; que nous ach&#232;terions l'arbre de No&#235;l et nous en ressortirions alors charg&#233;s de ce troph&#233;e d'&#233;pines et de branches promis &#224; la luxuriance des guirlandes et des boules et &#224; l'incomparable mission d'abriter et de prot&#233;ger la cr&#232;che, l'enfant nouveau-n&#233; couch&#233; dedans. Est-ce que, cette ann&#233;e l&#224;, j'avais insist&#233; pour que mon grand-p&#232;re ach&#232;te un sapin qui lui semblait bien trop cher au regard de ses maigres revenus de concierge ? J'eus tout d'un coup la stupeur de l'entendre marchander. En &#171; patois &#187; ! Avait-il fait l'effort de se plier au nissard du march&#233;, ou bien parlait-il le proven&#231;al de son village ? C'&#233;tait en tout cas la premi&#232;re fois que je l'entendais parler dans cette langue dont lui m&#234;me interdisait et s'interdisait le parler. Je ne sais pas ce qui me choqua le plus. Si ce fut de l'entendre s'abaisser &#224; ce parler vulgaire (je savais, comme ces choses que l'on sait enfant sans qu'on vous les ait jamais dites, que c'&#233;tait en tout cas toujours comme &#231;a qu'il le consid&#233;rait). Ou si ce fut de voir l'autre, le marchand, lui r&#233;pondre en bon fran&#231;ais, signifiant peut-&#234;tre par l&#224; qu'il ne voulait rien marchander ? Mon grand-p&#232;re battit en retraite, me tirant derri&#232;re lui. Humili&#233;, sans doute, de ce que son abaissement n'e&#251;t servi &#224; rien. Mais plus encore : de voir que l'autre, le marchand, avait renvers&#233; les r&#244;les, renvoyant mon grand-p&#232;re au m&#233;pris dans lequel lui m&#234;me tenait ceux qui persistaient &#224; s'exprimer dans ce parler de pauvres. Nous rentr&#226;mes sans avoir achet&#233; de sapin. Il n'en donna aucun explication &#224; ma grand-m&#232;re. Jamais plus je ne l'entendis prononcer un mot dans cette langue d'humili&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/184' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chapitre pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chapitre suivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>4</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si nous ne parlions pas le proven&#231;al, c'&#233;tait pourtant une langue dans laquelle nous avions le droit de chanter. A l'&#233;glise. Dans les draperies et l'encens de la liturgie villageoise, la vieille langue oubli&#233;e semblait autoris&#233;e &#224; une dignit&#233; que nous ne lui connaissions pas ailleurs. Les saints protecteurs des lieux lui &#233;taient propices pour lesquels, chaque ann&#233;e, aux dates votives, on faisait r&#233;sonner dans l'&#233;difice le viei e dous parla. Ces jours-l&#224;, on avait m&#234;me l'impression que port&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si nous ne parlions pas le proven&#231;al, c'&#233;tait pourtant une langue dans laquelle nous avions le droit de chanter. A l'&#233;glise. Dans les draperies et l'encens de la liturgie villageoise, la vieille langue oubli&#233;e semblait autoris&#233;e &#224; une dignit&#233; que nous ne lui connaissions pas ailleurs. Les saints protecteurs des lieux lui &#233;taient propices pour lesquels, chaque ann&#233;e, aux dates votives, on faisait r&#233;sonner dans l'&#233;difice le &lt;i&gt;viei e dous parla&lt;/i&gt;. Ces jours-l&#224;, on avait m&#234;me l'impression que port&#233;e par la lourde m&#233;moire des pierres et l'&#233;clat tremblant des vitraux, la langue y &#233;tait un peu chez elle. C'&#233;tait la langue des jours de f&#234;tes. Celle qu'accompagnaient les danses, les galoubets, les tambourins. Celle qui, pour parvenir jusqu'au ch&#339;ur, se faisait pr&#233;c&#233;der par le vacarme des tromblons des &#171; bravadeurs &#187; et l'odeur de la poudre plus forte que celle de l'encens, tradition locale de tirs &#224; blanc jusqu'&#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;glise, y compris un solennel salut au moment de l'&#233;l&#233;vation qui faisait craindre &#224; chaque fois que le plafond fissur&#233; de l'&#233;difice n'y r&#233;sist&#226;t pas et qu'en fait de b&#233;n&#233;diction ce f&#251;t un lustre que l'on re&#231;ut sur la t&#234;te. Peut-&#234;tre la langue avait-elle besoin de tout ce tintouin pour se faire sa place. Tambourins et bravadeurs ouvraient la br&#232;che. Les vieux chants proven&#231;aux n'avaient plus qu'&#224; s'y glisser. Chaque f&#234;te patronale avait les siens. Le 24 ao&#251;t, pour la Saint-Bath&#233;l&#233;my. nous chantions &#224; plein poumons la gloire de l'ap&#244;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;San Bartoumieu es vuei ta festo, &lt;br/&gt;
Et ta capella respendi &lt;br/&gt;
Per ti canta cadun s'apresto...&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Barth&#233;l&#233;my c'est aujourd'hui ta f&#234;te / Et ta chapelle resplendit / (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un autre chant pour &#171; les Saintes &#187;, sainte Victoire et sainte Sp&#233;cieuse, patronnes &#034;secondaires&#034; du village, le deuxi&#232;me dimanche apr&#232;s P&#226;ques. Un autre encore pour la Saint-Michel, le 29 septembre, o&#249; nous processionnions jusqu'&#224; une chapelle antique perdue entre les oliviers tout en chantant un hymne qui rappelait l'effort des anciens pour restaurer l'&#233;difice, lorsque, pass&#233;s les affrontements r&#233;volutionnaires durant lesquels elle &#233;tait devenue bergerie, il avait &#233;t&#233; rendue &#224; sa fonction liturgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'ere qu'uno vieilho masuro &lt;br/&gt;
Lo tropeu li durmi&#233; sovent &lt;br/&gt;
Au traves de seis escladure &lt;br/&gt;
N'entendias que g&#233;mi lo vent &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'&#233;tait plus qu'une vieille masure / les troupeaux y venaient souvent / A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne comprenions pas vraiment tout ce que ne chantions, mais, avec le latin, nous &#233;tions habitu&#233;s &#224; ce que, &#224; l'&#233;glise, on pouvait chanter sans savoir les mots. Nous en devinions en tout cas assez assez pour croire que, comme la chapelle venait &#224; nouveau d'&#234;tre restaur&#233;e, c'&#233;tait pour nous que le chant avait &#233;t&#233; compos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout cela avait quelque chose de folklorique. Les v&#234;tements traditionnels. Les musiques. Les instruments bien &#233;loign&#233;s des guitares &#233;lectriques qui tenaient d&#233;j&#224; le haut du pav&#233;. C'&#233;tait comme si, ces jours-l&#224;, la langue elle aussi avait mis ses atours. Et qu'importait qu'il e&#251;t fallu, par la suite, faire venir des groupes (musiciens, danseurs, bravadeurs) de villes plus importantes du d&#233;partement. Nous accueillions avec bonheur ce retour saisonnier d'un parler perdu. La R&#233;publique la&#239;que avait chass&#233; le patois des &#233;coles et des maisons aussi puisque pour r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole il &#233;tait obligatoire de se d&#233;faire de ces oripeaux. Du coup, la langue s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e dans les &#233;glises. L'&#201;glise en avait fait un argument. Et lorsque, &#224; chaque f&#234;te, l'assembl&#233;e entonnait &lt;i&gt;Proven&#231;au e catouli&lt;/i&gt;... c'&#233;tait hommage rendu tout autant &#224; la langue qu'&#224; la religion, &#224; cette identit&#233; que les murs de l'&#233;glise faisaient r&#233;sonner, p&#233;n&#233;trer dans les corps, une fiert&#233; aussi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; Nouesto fe n'a pas fali ; &lt;br/&gt;
Canten toutei trefouli : &lt;br/&gt;
Prouven&#231;au e Catouli !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre foi n'a pas faibli / Chantons avec all&#233;gresse /Proven&#231;aux et catholiques&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue, dans le chant, se poussait sinon jusqu'&#224; hauteur de Dieu du moins &#224; celle de sa m&#232;re puisque l'un des qualificatifs, dulcis, que le Salve regina attribuait &#224; la M&#232;re, &#233;tait donn&#233; ici &#224; la Langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Prouv&#232;n&#231;o te supplico &lt;br/&gt;
dins soun viei e dous parla &lt;br/&gt;
La Prouv&#232;n&#231;o es catoulico &lt;br/&gt;
Nouesto-Damo escouto-la !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Provence te supplie / Dans son vieux et doux parler / La provence est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrecrois&#233;es en quelque sorte dans une m&#234;me louange, la Provence, sa langue, sa religion faisaient cort&#232;ge avec la Bonne-M&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Coupo santo&lt;/i&gt;, c'&#233;tait autre chose. Il fallait des rassemblements plus larges, plus festifs. La premi&#232;re fois o&#249; je l'entendis v&#233;ritablement chanter - je veux dire : de cette mani&#232;re solennelle que l'on a de chanter les hymnes nationaux - c'&#233;tait jour de f&#234;te dans un village voisin. Sur le terrain de foot, des cavaliers venus de Camargue, des Arl&#233;siennes en habit, toute une manade cornue, avaient d&#233;ploy&#233; leurs fastes. Nous avions fait le d&#233;placement pour les voir. Et ce furent ces hommes &#224; cheval aussi beaux que des h&#233;ros de western qui, avant de commencer calvacades et jeux de passe, debout sur leurs &#233;triers, chapeau &#224; la main, entonn&#232;rent le &#171; chant sacr&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Prouven&#231;au, veici la Coupo &lt;br/&gt;
Que nous v&#232;n di Catalan &lt;br/&gt;
A-de-r&#232;ng beguen en troupo &lt;br/&gt;
Lou vin pur de noste plant. &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proven&#231;aux voici la coupe / Qui nous vient des Catalans / L'un apr&#232;s l'autre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de moi (au dessus de moi, plut&#244;t, car je n'&#233;tais encore pas tr&#232;s grand) des hommes, des femmes avaient repris le chant. Chant qui montait, pas d'autre mani&#232;re de dire, qui s'&#233;levait de tous ces corps r&#233;unis et qui, ayant atteint la hauteur n&#233;cessaire, leur revenait dans la puissance d'une vague compacte qui tout &#224; la fois les soulevait et les faisait trembler, leur donnant l'impression qu'&#224; leur tour ils allaient pouvoir atteindre les hauteurs conquises par le chant. Je frissonnais aussi. Mon corps qui vibrait &#224; l'unisson de cette foule d&#233;couvrait ce qu'il retrouverait plus tard au milieu d'autres foules lorsque montent ces chants qui agr&#232;gent les corps et les rendent capables de se jeter dans l'effusion fraternelle aussi bien que dans la furie guerri&#232;re. D'un couplet &#224; l'autre, le chant &#233;voquait le destin contrast&#233; d'une langue et d'un peuple dont la foule qui chantait pouvait &#234;tre aussi bien le dernier reste que l'espoir d'une renaissance dont elle aurait &#233;t&#233; le ferment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'un vi&#232;i pople fi&#232;r e libre &lt;br/&gt;
Sian bessai la finicioun... &lt;br/&gt;
D'uno ra&#231;o que regreio &lt;br/&gt;
Sian bessai li proumi&#233; gr&#233;u&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'un vieux peuple fier et libre / Nous sommes peut-&#234;tre la fin.... / D'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Finicioun&lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; Proumi&#233; gr&#233;u&lt;/i&gt; ? O&#249; &#233;tait l'avenir ? Pour le peu que j'en comprenais, je ne mesurais pas l'enjeu de l'alternative. Je n'avais pas encore lu &lt;i&gt;Le dernier des Mohicans&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/185' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chapitre pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/189' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chapitre suivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saint Barth&#233;l&#233;my c'est aujourd'hui ta f&#234;te / Et ta chapelle resplendit / Pour te chanter chacun se pr&#233;pare...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'&#233;tait plus qu'une vieille masure / les troupeaux y venaient souvent / A travers les fissures/ On entendait g&#233;mir le vent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notre foi n'a pas faibli / Chantons avec all&#233;gresse /Proven&#231;aux et catholiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Provence te supplie / Dans son vieux et doux parler / La provence est catholique / Notre-Dame &#233;coute-la !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Proven&#231;aux voici la coupe / Qui nous vient des Catalans / L'un apr&#232;s l'autre buvons ensemble / Le vin pur de notre plant&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'un vieux peuple fier et libre / Nous sommes peut-&#234;tre la fin.... / D'une race qui regerme / Nous sommes peut-&#234;tre les premiers rejets&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>6</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je tournais donc le dos &#224; la terre et &#224; la langue. Mais le mal du pays n'est pas un simple effet litt&#233;raire. Quel que f&#251;t le consentement que j'avais pu apporter &#224; ce d&#233;part, le d&#233;sir d'aller voir ailleurs, plus loin, plus au nord, exil&#233; volontaire &#224; Lyon au pr&#233;texte d'&#233;tudes, apr&#232;s avoir trop longtemps &#233;cout&#233; et chant&#233; les lamentations des d&#233;port&#233;s assis au bord des fleuves de Babylone &#8211; By the rivers of Babylon, there we sat down... - je venais &#224; mon tour m'asseoir au bord du fleuve. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/" rel="directory"&gt;Retour &#224; la langue perdue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je tournais donc le dos &#224; la terre et &#224; la langue. Mais le mal du pays n'est pas un simple effet litt&#233;raire. Quel que f&#251;t le consentement que j'avais pu apporter &#224; ce d&#233;part, le d&#233;sir d'aller voir ailleurs, plus loin, plus au nord, exil&#233; volontaire &#224; Lyon au pr&#233;texte d'&#233;tudes, apr&#232;s avoir trop longtemps &#233;cout&#233; et chant&#233; les lamentations des d&#233;port&#233;s assis au bord des fleuves de Babylone &#8211; &lt;i&gt;By the rivers of Babylon, there we sat down... &lt;/i&gt; - je venais &#224; mon tour m'asseoir au bord du fleuve. Le Rh&#244;ne &#233;tait un appel qui me saisissait d&#232;s le parvis de la fac. Sa puissance. Son tumulte. C'&#233;tait, je l'avais vite compris, comme un cordon ombilical me reliant au pays que j'avais quitt&#233;, il n'y aurait qu'&#224; se mettre &#224; flot, se laisser porter, et ce serait bient&#244;t Valence, Avignon, Arles... Je ne savais pas, &#224; l'&#233;poque, que ce faisant je me laissais emporter par ce m&#234;me mouvement qui conduisit Mistral &#224; bord de ces bateaux &#224; vapeur descendant le fleuve avant de devenir &lt;i&gt;Pouemo dou Rose&lt;/i&gt;. Ce fleuve, je le d&#233;couvrais alors, &#233;tait un immense promenoir des marchandises, des hommes, des langues, des arm&#233;es aussi, l'impression d'une marche continue qui, descendue des Alpes, entrainerait peuples et rives pour un p&#232;lerinage vers l'unique mer. Quelque chose de sacr&#233;. Et s'il est vrai que c'est &#224; son embouchure qu'accost&#232;rent ceux qui, de Palestine, apport&#232;rent la Bonne Nouvelle, alors c'est dans les deux sens que le p&#232;lerinage avait lieu, &#233;change, brassage, et finalement : le fleuve descendant &#224; la mer pour y trouver sa source. Il est vrai que les fleuves se pr&#234;tent vite aux r&#234;veries mystiques et que, priv&#233; de mer, je n'avais que cette eau pour en tenir lieu, eau d'adoption en quelque sorte, que je savais ind&#233;fectiblement unie &#224; celle dont j'&#233;tais n&#233; sur les plages de Nice. La particularit&#233; de l'eau puissante du Rh&#244;ne &#233;tait d'avoir son double de vent. Contrairement au fleuve, le vent avait la bonne id&#233;e d'obliquer une fois parvenu aux rives de la mer unique, et de pousser ainsi jusqu'&#224; ce petit village d'autre bord de Provence, o&#249;, ayant perdu sa virulence de vent, il pouvait bercer les arbres et les gens d'une &lt;i&gt;auro &lt;/i&gt; conciliante. C'est en tout cas ce vent qui fit na&#238;tre sur la vieille machine portative Olympia qui m'avait accompagn&#233; dans l'exil le seul po&#232;me en occitan que je me souviens avoir &#233;crit. Le seul que j'ai gard&#233;, en tout cas. Le style n'en est pas tr&#232;s bon. La langue encore moins. C'est n&#233;anmoins un pan des pantaillages d'un jeune homme de pas m&#234;me vingt ans devant lesquelles le quinquag&#233;naire repris &#224; son tour par la revivance d'une langue perdue ne peut que s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui dins l'ubac&lt;br/&gt;
lo ven que subla&lt;br/&gt;
fa tremolar lo frei&lt;br/&gt;
lo ven dis lei orilhas&lt;br/&gt;
es aquel&lt;br/&gt;
que subla tamben dins lo pais&lt;br/&gt;
cal solament se daissar anar&lt;br/&gt;
se daissar faire per lo flum&lt;br/&gt;
davau es lo pais&lt;br/&gt;
davau davau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici dans le nord / le vent qui souffle / fait trembler le froid / le vent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais impos&#233; la graphie occitane d'un petit dictionnaire achet&#233; pour l'occasion. Je v&#233;rifiais chaque mot. Le po&#232;me se poursuivait &#8211; se poursuit toujours puisqu'il est l&#224; devant moi papier jauni, caract&#232;res irr&#233;guliers tap&#233;s sur l'Olympia portative h&#233;rit&#233;e pr&#233;cis&#233;ment du vieil oncle qui m'avait fait d&#233;couvrir Mistral &#8211; par des invocations au &lt;i&gt;poble&lt;/i&gt;, &#224; la &lt;i&gt;revolucion&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;liberacion del pais&lt;/i&gt;, et cet envol dont la radicalit&#233; romantique m'&#233;meut encore, malgr&#233; les contredits apport&#233;s par les ann&#233;es depuis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vuei cal lutar o se faire&lt;br/&gt;
mai pichon qu'un mort&lt;br/&gt;
l'istoria nos spera&lt;br/&gt;
l'istoria amb son cortegi&lt;br/&gt;
de sang e de vin&lt;br/&gt;
l'istoria amanta&lt;br/&gt;
fola amanta&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui il faut lutter ou se faire / plus petit qu'un mort / l'histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'allais gu&#232;re plus loin dans cette perspective des noces de l'histoire, du fleuve et du vent. Car nostalgie n'est pas retour. Et au lieu de me laisser emporter par ce vent qui poussait vers le sud, je poursuivis ma route encore plus loin vers le nord d'o&#249; ni fleuve, ni vent ne pourrait me ramener au &lt;i&gt;pais&lt;/i&gt;. Est-ce pour cela je m'y installai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/189' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/191' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici dans le nord / le vent qui souffle / fait trembler le froid / le vent dans les oreilles / est celui / qui souffle aussi au pays / il faut seulement se laisser aller / se laisser faire par le fleuve / l&#224;-bas en aval est le pays / l&#224;-bas l&#224;-bas&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aujourd'hui il faut lutter ou se faire / plus petit qu'un mort / l'histoire nous attend / l'histoire avec son cort&#232;ge / de sang et de vin / l'histoire amante / amante folle&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>5</title>
		<link>https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/189</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne sus que des ann&#233;es plus tard l'origine du Coupo santo. Nous &#233;tait revenu d'Alg&#233;rie un oncle, cousin germain de mon grand-p&#232;re, qui n'ayant pas de famille &#233;tait venu habiter pr&#232;s de chez nous. Il venait au moins une fois par semaine manger &#224; la maison. C'&#233;tait un homme de grande culture, inspecteur des finances parti de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e se faire une vie et une situation mais qui, disait-on, pour l'amour d'une femme tout autant resplendissante que dispendieuse, s'&#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/" rel="directory"&gt;Retour &#224; la langue perdue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne sus que des ann&#233;es plus tard l'origine du &lt;i&gt;Coupo santo&lt;/i&gt;. Nous &#233;tait revenu d'Alg&#233;rie un oncle, cousin germain de mon grand-p&#232;re, qui n'ayant pas de famille &#233;tait venu habiter pr&#232;s de chez nous. Il venait au moins une fois par semaine manger &#224; la maison. C'&#233;tait un homme de grande culture, inspecteur des finances parti de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e se faire une vie et une situation mais qui, disait-on, pour l'amour d'une femme tout autant resplendissante que dispendieuse, s'&#233;tait laiss&#233; emporter &#224; quelques d&#233;tournements de fonds qui lui avaient co&#251;t&#233; cher (on parlait de prison). L'oncle, lorsqu'il venait &#224; la maison, &#233;tait cens&#233; nous aider dans nos efforts &#224; apprendre l'allemand et le latin. Il nous apprenait bien d'autres choses. A l'adolescent confront&#233; aux ambivalences du d&#233;sir et de la peur que provoquaient la compagnie des filles de son &#226;ge, il confiait sans en avoir l'air quelques pr&#233;ceptes de conduite. Rien de grivois. Ni de ces propos fanfarons &#233;chang&#233;s entre gar&#231;ons. C'&#233;tait plut&#244;t comme si les quelques mots qu'il me disait parvenaient, &#224; distance, &#224; nimber les visages des filles que je pouvais rencontrer, &#224; me faire deviner leur corps d'un regard o&#249; le d&#233;sir et la gr&#226;ce ne se contrariaient pas. C'est de lui que je sus que l'&#233;rotisme pouvait &#234;tre vertu. Et po&#232;me. Il r&#233;citait. L&#226;chait de temps &#224; autre un vers galant. Ou bien, en proven&#231;al, ces strophes qu'il reprenait souvent d'une bouche gourmande sans que je sache si la gourmandise &#233;tait due &#224; la &lt;i&gt;chato &lt;/i&gt; dont il &#233;tait question ou au plaisir de dire dans cette langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cante uno chato de Prouv&#232;n&#231;o&lt;br/&gt;
Dins lis amou de sa jouven&#231;o &lt;br/&gt;
A traves de la Crau, ver la mar, dins li blad,&lt;br/&gt;
Umble escoulan do&#249; grand Oum&#232;ro,&lt;br/&gt;
Ieu la vole segui. Coume &#232;ro&lt;br/&gt;
R&#232;n qu'uno chato de la terro,&lt;br/&gt;
En foro de la Crau se n'es gaire parla.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je chante une jeune fille de Provence / Dans les amours de sa jeunesse / A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, tu ne connais pas ? il disait. Qu'est-ce qu'on vous apprend ? Il fut le premier &#224; me parler de &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, de Mistral. Avec lui je d&#233;couvris que la langue qui faisait honte au grand-p&#232;re, son cousin, pouvait &#234;tre une langue riche, savante, qu'on pouvait m&#234;me avoir le prix Nobel en &#233;crivant en proven&#231;al. C'est avec l'oncle que je sus que le parler de nos anciens &#233;tait une langue. Et de lui que j'appris que ce &lt;i&gt;Coupo santo&lt;/i&gt; qui me faisait vibrer &#233;tait aussi &#339;uvre de Mistral. Musique de Saboly, il ajoutait. Des ann&#233;es plus tard, lorsque je quittais Nice pour aller &#224; Lyon poursuivre mes &#233;tudes, il m'offrit un exemplaire de &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, petit livre jaune aux Editions Fasquelle que depuis j'ai toujours emport&#233; avec moi, et que je retrouve au moment d'&#233;crire ceci, ressurgi, lui aussi, sous l'effet de l'attaque. Je le feuillette une fois encore. Et je m'aper&#231;ois que je ne l'ai jamais vraiment lu. Des bribes par ci. Une anecdote. Quelques vers &#224; l'occasion. L'histoire m'a toujours sembl&#233; convenue, et ce que je peux saisir de la langue (surtout par la traduction en vis &#224; vis qu'en a fait Mistral lui-m&#234;me) me rebute &#224; force d'effets, de pastorale, d'accents grecs antiquisants. L'exemplaire offert par l'oncle a beau avoir accompagn&#233; mes d&#233;m&#233;nagements vers le nord, il reste encore intouch&#233;. Sinon cette page marqu&#233;e, au Chant III, pour y retrouver les quelques vingt-huit couplets de Magali et chanter aux soirs d'amour et de f&#234;te cette &lt;i&gt;tant amado&lt;/i&gt; qui tour &#224; tour se fait vent, salamandre, ch&#234;ne, nonne, et bien d'autres choses encore, pour &#233;chapper &#224; l'amoureux qui la poursuit &#8211; et au dernier couplet, finit quand m&#234;me par succomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O, Magali, ma tant amado,&lt;br/&gt;
Mete la t&#232;sto au fenestroun !&lt;br/&gt;
Escouto un pau aquesto aubado&lt;br/&gt;
De tambourin e de vi&#243;uloun.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O Magali ma tant aim&#233;e / Mets la t&#234;te &#224; la fen&#234;tre ! / &#201;coute un peu cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours aim&#233; retrouver dans ce chant cette mati&#232;re de langue, ces sonorit&#233;s qui m'enchantent rien qu'&#224; les prononcer. Et bien des soirs de ciel &#233;toil&#233; il m'est arriv&#233; de le chanter dans une grande &#233;motion m&#234;l&#233;e de larmes (sans bien savoir si l'&#233;motion venait de cette langue un instant retrouv&#233;e, de l'&#233;tincelante libert&#233; des &#233;toiles, ou de l'amoureuse dont, &#224; ce moment l&#224;, j'&#233;tais douloureusement &#233;loign&#233;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Es plen d'estello aperamount !&lt;br/&gt;
L'auro es toumbado,&lt;br/&gt;
Ma lis estello paliran,&lt;br/&gt;
Quand te veiran.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ciel est l&#224;-haut plein d'&#233;toiles. / Le vent est tomb&#233;, / Mais les &#233;toiles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, Mistral aurait pu &#234;tre, pour le jeune homme de dix-huit ans que j'&#233;tais, porte ouvrant sur un univers de langue et de po&#233;sie. Mais l'esprit grec m'&#233;tait &#233;tranger avec lequel Mistral cherchait &#224; renouer. Et son lyrisme me r&#233;pugnait que j'avais du mal &#224; supporter dans la po&#233;sie fran&#231;aise. J'&#233;tais d&#233;j&#224; ailleurs. Plus loin. Je d&#233;couvrais Ren&#233; Char. Mistral me renvoyait &#224; Lamartine &#224; qui &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; d&#233;di&#233; et qui, lors de sa parution en 1859, l'avait port&#233; tr&#232;s haut dans son &lt;i&gt;Quaranti&#232;me entretien de litt&#233;rature&lt;/i&gt;, saluant la naissance d'un po&#232;te &#233;pique, et faisant le constat que la nature occidentale n'en fait plus, mais la nature m&#233;ridionale en fait toujours, l'expliquant en disant qu'il y a une vertu dans le soleil. Aurais-je &#233;t&#233; plus attentif &#224; Mistral si, &#224; l'&#233;poque, j'avais lu une lettre &#224; lui adress&#233;e sign&#233;e &lt;i&gt;Votre St&#233;phane&lt;/i&gt; (Mallarm&#233;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui je profite d'une excessive fatigue, qui, par sa tension supr&#234;me, m'arrache aux tourments quotidiens, non pour vous parler de ce beau po&#232;me qui s'ouvre sur la vie de l'homme comme son d&#233;cor sur la mer lointaine de Provence, pour vous serrer simplement la main, avec toute l'&#233;motion que mes yeux fixes, quand je venais de vous lire, ont souvent plong&#233;e dans la rivi&#232;re qui coule sous ma fen&#234;tre vers ce Midi que vous &#234;tes et que je regrette tant. S'il vous reste, lors de mon passage, un exemplaire de &lt;i&gt;Mir&#232;io&lt;/i&gt;, que je rougis de n'avoir pas, je vous le volerai, cher ami.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Mais sans doute que la lecture d'une telle lettre n'aurait fait que relancer mon incompr&#233;hension devant l'accueil fait &#224; Mistral loin des cercles proven&#231;aux. A ma mani&#232;re, je le ramenais moi aussi aux limites d'une sous litt&#233;rature patoisante, litt&#233;rature de terroir comme il s'en voit beaucoup. Je voulais bien reconna&#238;tre son r&#244;le dans la formalisation de la langue des pays d'Oc : son gigantesque effort linguistique, son labeur monastique pour composer &lt;i&gt;Lou Tresor do&#249; Felibrige&lt;/i&gt;, dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais brassant les diff&#233;rents dialectes de la langue d'Oc. Je savais qu'il y avait, pour la langue proven&#231;ale, et plus g&#233;n&#233;ralement pour la langue occitane, un avant et un apr&#232;s Mistral. Mais de l&#224; &#224; comprendre qu'en 1904, pr&#232;s de cinquante ans apr&#232;s la publication de &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, le prix Nobel lui f&#251;t accord&#233; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conjointement avec le dramaturge espagnol Jos&#233; Echegaray&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#034;En reconnaissance de l'originalit&#233; fra&#238;che et artistique de vos po&#233;sies qui refl&#232;tent si fid&#232;lement la nature et la vie populaire de la Provence ; l'acad&#233;mie regarde aussi comme un devoir de couronner vos &#339;uvres philologiques.&#034; dira le jury Nobel. C'&#233;tait peut-&#234;tre &#231;a, finalement, qui, plus encore que le style, les th&#232;mes, avait arr&#234;t&#233; ma lecture pass&#233; les premiers chants de &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt; : ce reflet de &#034;la nature&#034; et de &#034;la vie populaire de Provence&#034;. Car au lieu de trouver dans Mistral cette union entre une &#034;nature&#034;, une &#034;vie&#034; dans une langue qui auraient &#233;t&#233; celles des miens, il s'av&#233;rait que tout ce monde dont il parlait m'&#233;tait pour l'essentiel &#233;tranger. Ce pays d'Arles. La Crau, La Camargue. Les rives du Rh&#244;ne. C'&#233;tait pour moi un pays lointain, exotique en quelque sorte. Un pays d'ailleurs. Quant &#224; la langue, cette langue travaill&#233;e, &#233;rudite, pr&#233;cieuse, si je reconnaissais en elle celle, oui, des cantiques d'&#233;glise, seul proven&#231;al que jusque l&#224; j'avais vu &#233;crit, ce n'&#233;tait pas celle entendue dans les rues de mon village, celle que j'avais cru voir fr&#233;mir dans le rapport que ceux que je connaissais y avaient aux choses, aux arbres, aux animaux qu'ils cherchaient &#224; nommer. Le&lt;i&gt; Felibre&lt;/i&gt;, ce mouvement proven&#231;al cr&#233;&#233; par Mistral et quelques autres po&#232;tes, avait entrepris de normer et la langue et les m&#339;urs de Provence. Et je n'y voyais qu'une forme de centralisme rhodanien qui consid&#233;rait nos contr&#233;es excentr&#233;es comme des provinces annexes, des d&#233;pendances batardis&#233;es et mal &#233;duqu&#233;es. M'irritait au plus haut point, lors des f&#234;tes de village, que l'on p&#251;t faire danser des femmes en habit d'arl&#233;siennes, des hommes &#224; chapeau noir camarguais, au pr&#233;texte de tradition &#034;locale&#034;. J'aurais voulu que mon village exhum&#226;t une langue qui lui f&#251;t propre. Langue de fronti&#232;re. Matin&#233;e de la proximit&#233; du nissard et de ce proven&#231;al des montagnes que l'on dit &#171; alpin &#187;. Une langue qui aurait pu &#234;tre celle que, nos anciens eussent-ils bien voulu nous la transmettre, j'aurais parl&#233;. Aussi, quitte &#224; pr&#234;ter all&#233;geance &#224; une langue &#233;trang&#232;re, je n'h&#233;sitais pas : ce serait celle du nord, le fran&#231;ais. D'autant que, s'il m'arrivait de chercher dans les livres ce reflet de &#034;la nature et de la vie populaire de la Provence&#034;, comme disaient les Nobel, c'&#233;taient dans les po&#232;mes de Char que je le retrouvais, dans les romans de Giono. Dans ces livres l&#224; je ne me sentais pas un &#233;tranger. Je l'&#233;tais dans l'&#339;uvre de Mistral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/190' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je chante une jeune fille de Provence / Dans les amours de sa jeunesse / A travers la Crau, vers la mer, dans les bl&#233;s / Humble &#233;colier du grand Hom&#232;re / Je veux la suivre. Comme c'&#233;tait / Seulement une fille de la gl&#232;be / En dehors de la Crau il s'en est peu parl&#233;. (Version fran&#231;aise de Mistral)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;O Magali ma tant aim&#233;e / Mets la t&#234;te &#224; la fen&#234;tre ! / &#201;coute un peu cette aubade / De tambourins et de violons. / (Version fran&#231;aise de Mistral)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ciel est l&#224;-haut plein d'&#233;toiles. / Le vent est tomb&#233;, / Mais les &#233;toiles p&#226;liront / En te voyant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conjointement avec le dramaturge espagnol Jos&#233; Echegaray&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>7</title>
		<link>https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/191</link>
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		<dc:date>2013-05-16T12:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le hasard, la force de l'amour, plut&#244;t, et le destin d'une vie qui y trouva son accomplissement, firent que des innombrables villes et quartiers dont l'Ile-de-France est nantie, ce fut sur la commune de Draveil qui m'accueillit, l&#224; que je vis toujours, &#224; quelques centaines de m&#232;tres d'un hameau aujourd'hui rattach&#233; &#224; la commune, Champrosay, o&#249;, r&#233;sistant vaillamment aux promoteurs grignotant le paysage alentour, pr&#232;s d'une chapelle devenue la &#034;Petite paroisse&#034; de l'un de ses romans, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le hasard, la force de l'amour, plut&#244;t, et le destin d'une vie qui y trouva son accomplissement, firent que des innombrables villes et quartiers dont l'Ile-de-France est nantie, ce fut sur la commune de Draveil qui m'accueillit, l&#224; que je vis toujours, &#224; quelques centaines de m&#232;tres d'un hameau aujourd'hui rattach&#233; &#224; la commune, Champrosay, o&#249;, r&#233;sistant vaillamment aux promoteurs grignotant le paysage alentour, pr&#232;s d'une chapelle devenue la &#034;Petite paroisse&#034; de l'un de ses romans, se trouve la grande maison dans laquelle Alphonse Daudet habitait lorsqu'il se voulait parisien sans pour autant subir la presse de la grande ville. Il y accueillit Nadar et les Goncourt. Y tint salon de litt&#233;rature fran&#231;aise. Mais il y &#233;crivait aussi des lettres comme celle-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dins ac&#242;, moun Capouli&#233;, te fau pas imagina que toun felibrihoun t'&#243;ublido, e d'abord p&#232;r coumen&#231;a, dous gros poutoun. Aro vaqui &#231;o qui m'ameno&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De tout &#231;a, mon Capouli&#233;, il ne faut pas que tu imagines que ton petit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Je fais un drame,&lt;i&gt; L'Arl&#233;sienne&lt;/i&gt;, c'est un drame de passion tir&#233; d'une de mes lettres du Moulin. Je n&#8216;ai pas la pr&#233;tention d'y peindre la Provence ce n'est gu&#232;re l'affaire du th&#233;&#226;tre... Pourtant si j'avais sous la main quelqu'usage du pays, pittoresque et point rebattu, je pourrais l'y faire entrer...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Cherchant &#224; donner authenticit&#233; &#224; ses proven&#231;aleries &#224; destinations parisiennes, Daudet demandait aide et conseil &#224; son vieil ami Fr&#233;d&#233;ric Mistral.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Donne-moi, veux-tu ? quelques beaux noms de domaines et de gens. Mon drame est tr&#232;s sombre, un peu fatal. Je ne peux malheureusement mettre sur l'affiche le mot &lt;i&gt;mas&lt;/i&gt;, sans quoi ce serait bien facile... Il me faudrait quelque chose comme&lt;i&gt; La Mare au diable&lt;/i&gt;, un de ces noms qui indiquent que le drame est campagnard. Tu m'avais signal&#233; le beau nom des &lt;i&gt;Arlatan&lt;/i&gt;. Sur l'affiche, les Parisiens en voyant : &lt;i&gt;Les Arlatan&lt;/i&gt;, liraient : les charlatans.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Si Daudet parlait proven&#231;al, si l'on peut penser qu'entre lui et Mistral c'&#233;tait la langue coutumi&#232;re de bien des conversations lorsqu'ils se visitaient en terre proven&#231;ale soit &#224; Maillane, chez Mistral, soit &#224; Fonvieille, chez Daudet, Daudet n'&#233;tait pas &#224; l'aise pour &#233;crire dans cette langue et au mieux ne s'y essayait que sur quelques lignes. S'il existe bien une &#233;dition en proven&#231;al des &lt;i&gt;Lettres de mon Moulin&lt;/i&gt;, il s'agit d'une traduction. Et seules &lt;i&gt;La cabro de moussu Seguin&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Lo miolo do&#249; pape&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; traduites par Daudet lui-m&#234;me. Une fois, pourtant, Daudet &#233;crivit &#224; Mistral une courte lettre enti&#232;rement en proven&#231;al. Il &#233;tait &#224; Paris. Dans le Paris assi&#233;g&#233; de 1870. La lettre quitta la capitale en ballon.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Moun Capouli&#233;, Te manda par lou balloun mountan uno grosso poutounado e me fai plesi de pousqu&#233; te le manda en lengo Prouven&#231;alo ; coum' ac&#242; si&#233;u asseyera que lou barbaro, s'un cop lou balloun se toumbo dans li man, pourrai pas legi moun escrituro e publida ma lettro dins lou Mercuro de Souabe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mon Capouli&#233;... Je t'envoie par le ballon plein de baisers et &#231;a me fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al &#233;tait devenu pour Daudet une langue de contournement, de ruse. Une langue des marges. Jamais il n'aurait pens&#233; en faire &#339;uvre lui qui, finalement, &#233;tais si parisien. Il m'est d'ailleurs difficile d'imaginer les deux amis devisant en proven&#231;al sous les frondaisons du parc de Champrosay. Pourtant. Daudet y aimait pratiquer la lecture &#224; voix haute. Et si dans une lettre il rappelle &#224; son &lt;i&gt;Capouli&#233;&lt;/i&gt; qu'il y a dans le parc l'arbre de Mistral, &lt;i&gt;celui contre lequel tu t'appuyais en nous chantant le lan laire de la Reine Jeanne&lt;/i&gt; c'est sans doute que Mistral y lut un jour ou l'autre quelques passages de ses derni&#232;res &#339;uvres, et pour distraire ses amis entonnait ce chant de &lt;i&gt;La Reino Jano, Trag&#232;di proven&#231;alo&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Reine Jeanne, trag&#233;die proven&#231;ale&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, chant de marin, chant des rameurs de la gal&#232;re qui ram&#232;ne la Reine Jeanne en ses terres de Provence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ieu ause liu siblet&lt;br/&gt;
Do&#249; mestre d'equipage :&lt;br/&gt;
Adieur lou risoulet&lt;br/&gt;
Di fihi dou ribage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Siblet o noun siblet,&lt;br/&gt;
Fasen coule se l'&#232;ro,&lt;br/&gt;
Lanliro, lanl&#232;ro,&lt;br/&gt;
E vogo la gal&#232;ro !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'entends, moi, le sifflet / du ma&#238;tre d'&#233;quipage / adieu le joli rire / des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois de d&#233;cembre 1867, Daudet &#233;crit &#224; Mistral :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment vas-tu, mon Mistral ? Es-tu heureux ? Que fais tu ? Un mot, s'il te plait. Moi, je suis p&#232;re ; c'est &#233;tonnant. J'ai fait matelasser toutes les portes de mon cabinet pour ne pas entendre le baby : bah ! Je l'entends tout de m&#234;me, et ses petits cris me mordent les entrailles d&#233;licieusement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;A la lettre, est jointe le faire-part annon&#231;ant la naissance du petit L&#233;on. Qui bien s&#251;r va grandir. Qui va se frotter &#224; tous ces gens de lettres qui viennent de Paris aux jours o&#249; Daudet tien ici salon. Mais le jeune L&#233;on sera d'abord m&#233;decin. Et seulement apr&#232;s il se mettra en politique o&#249; il s'illustrera dans la pol&#233;mique et l'antis&#233;mitisme le plus virulent. Est-ce dans cette maison de Champrosay que parmi les &#233;crivains amis du p&#232;re, L&#233;on fit la connaissance d'Edouard Drumont ? En 1886, Daudet-p&#232;re lui avait pr&#234;t&#233; de l'argent pour qu'il puisse publier son tristement c&#233;l&#232;bre pamphlet&lt;i&gt; La France juive&lt;/i&gt;. Et quelques ann&#233;es plus tard l'affaire Dreyfus r&#233;unira p&#232;re et fils dans une m&#234;me violence antis&#233;mite. L&#233;on a trouv&#233; sa voie. Il suivra Drumont lorsque celui-ci cr&#233;era la F&#233;d&#233;ration nationale antijuive. Personnalit&#233; importante de la vie litt&#233;raire parisienne, ce sera lui qui, en tant qu'ex&#233;cuteur testamentaire d'Edmond de Goncourt,cr&#233;era l'Acad&#233;mie qui porte son nom et &#224; laquelle aussit&#244;t il sera &#233;lu. Mais il n'en a pas oubli&#233; pour autant les visites faites &#224; Mistral avec le p&#232;re. Et c'est avec &#233;motion qu'&#224; l'occasion du centenaire de la naissance du fondateur du F&#233;librige, en 1930, il &#233;coute son grand ami Charles Maurras, qu'il accompagne depuis pr&#232;s de trente ans dans les combats de l'Action fran&#231;aise, &#171; r&#233;citer pieusement, devant le monument sacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le tombeau de Mistral, &#224; Maillane&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'invocation &#224; l'&#226;me de la Provence qui illumine tout le po&#232;me de &lt;i&gt;Calenda&lt;/i&gt;l &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;on Daudet, Souvenirs litt&#233;raires&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Amo de moun pa&#239;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu que dardaies, manif&#232;sto,&lt;br/&gt;
e dins sa lengo e dins sa gesto ;&lt;br/&gt;
Quand li baroun picard, alemand, bourguignoun,&lt;br/&gt;
Sarravon Toulouso e B&#232;u-Caire,&lt;br/&gt;
Tu qu'empur&#232;res de tout caire&lt;br/&gt;
Contro li negri cavaucaire&lt;br/&gt;
Lis ome de Marsilho et li fieu d'Avignoun ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per la grandour di remenbran&#231;o&lt;br/&gt;
Tu que nous sauves l'esperan&#231;o ;&lt;br/&gt;
Tu que dins la jouinesso, e plus caud e plus b&#232;u,&lt;br/&gt;
Mau-grat la mort e l'aclapaire,&lt;br/&gt;
Fais regreia lou sang di paire ;&lt;br/&gt;
Tu qu'inspirant li dous troubaire,&lt;br/&gt;
Fai pi&#232;i mistraleja la voues de Mirab&#232;u ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car lis oundado seculari&lt;br/&gt;
E si tempesto e sis esglari&lt;br/&gt;
An b&#232;u mescla li pople, escafa li coufin,&lt;br/&gt;
La terro maire, la Naturo,&lt;br/&gt;
Nourris toujour sa pourtaduro&lt;br/&gt;
Dou meme la : sa pousso duro&lt;br/&gt;
Toujour a l'oulivi&#233; dounara l'oli fin....&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#194;me de mon pays / Toi qui rayonnes, manifeste / dans son histoire et dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/190' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/192' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De tout &#231;a, mon Capouli&#233;, il ne faut pas que tu imagines que ton petit f&#233;libre t'oublie, et d'abord, pour commencer, deux grosses bises. Voici maintenant ce qui m'am&#232;ne. (Mistral &#233;tait le Capouli&#233; du F&#233;librige, grade supr&#234;me du mouvement)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mon Capouli&#233;... Je t'envoie par le ballon plein de baisers et &#231;a me fait plaisir de pouvoir te l'envoyer en langue proven&#231;ale ; comme &#231;a je suis s&#251;r que les barbares, si le ballon venait &#224; tomber entre leurs mains, ne pourraient pas lire ce que j'&#233;cris et publier ma mettre dans le Mercure souabe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Reine Jeanne, trag&#233;die proven&#231;ale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'entends, moi, le sifflet / du ma&#238;tre d'&#233;quipage / adieu le joli rire / des filles du rivage !/ Sifflet ou non sifflet / comme si ce l'&#233;tait allons-y tout de m&#234;me / lanlire, lanl&#232;re / et vogue la gal&#232;re ! (Traduction de F. Mistral)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le tombeau de Mistral, &#224; Maillane&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;on Daudet, Souvenirs litt&#233;raires&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#194;me de mon pays / Toi qui rayonnes, manifeste / dans son histoire et dans sa langue / Quand les barons picards, allemands, bourguignons / Pressaient Toulouse et Beaucaire / Toi qui enflammant de partout / Contre les noirs chevaucheurs / Les hommes de Marseille / Et les fils d'Avignon/&lt;br class='autobr' /&gt; Par la grandeur des souvenirs / Toi qui nous sauves l'esp&#233;rance / Toi qui, dans la jeunesse &#8211; et plus chaud et plus beau / Malgr&#233; la mort et le fossoyeur / Fais reverdir le sang des p&#232;res / Toi qui, inspirant les doux troubadours / Telle que le Mistral, fis ensuite retentir la voix de Mirabeau/&lt;br class='autobr' /&gt; Car les houles des si&#232;cles / Et leurs temp&#234;tes et leurs horreurs / en vain m&#234;lent les peuples / Effacent les fronti&#232;res / La terre maternelle, la Nature / Nourrit toujours ses fils / Du m&#234;me lait ; sa dure mamelle /Toujours &#224; l'olivier donnera l'huile fine..&lt;br class='autobr' /&gt; (Traduction de Mistral)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>8</title>
		<link>https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/192</link>
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		<dc:date>2013-05-15T12:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;A quel point Maurras &#233;tait proven&#231;al, je ne l'ai d&#233;couvert que tr&#232;s r&#233;cemment &#224; la lecture de l'ouvrage que St&#233;phane Giocanti lui a consacr&#233;. Je m'&#233;tais enfin d&#233;cid&#233; &#224; aller voir de quoi il retournait dans cette pens&#233;e, cette &#233;criture aussi, qui avaient &#224; tel point conquis deux g&#233;n&#233;rations des hommes de ma famille qu'elles avaient largement contribu&#233; &#224; leurs errements de la collaboration, si bien que l'un en &#233;tait mort ex&#233;cut&#233; &#224; la Lib&#233;ration et plusieurs emprisonn&#233;s puis d&#233;chus de leurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/" rel="directory"&gt;Retour &#224; la langue perdue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A quel point Maurras &#233;tait proven&#231;al, je ne l'ai d&#233;couvert que tr&#232;s r&#233;cemment &#224; la lecture de l'ouvrage que St&#233;phane Giocanti lui a consacr&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurras, le chaos et l'ordre, Flammarion 2006&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Je m'&#233;tais enfin d&#233;cid&#233; &#224; aller voir de quoi il retournait dans cette pens&#233;e, cette &#233;criture aussi, qui avaient &#224; tel point conquis deux g&#233;n&#233;rations des hommes de ma famille qu'elles avaient largement contribu&#233; &#224; leurs errements de la collaboration, si bien que l'un en &#233;tait mort ex&#233;cut&#233; &#224; la Lib&#233;ration et plusieurs emprisonn&#233;s puis d&#233;chus de leurs droits pour trahison et intelligence avec l'ennemi. Longtemps je m'en &#233;tais tenu &#224; l'&#233;cart. Comme si c'&#233;tait l&#224; quelque mal&#233;fice devant lequel moi aussi j'aurais pu succomber. Ou parce que tout ce qui &#233;tait &#233;crit sur Maurras l'&#233;tait par des thurif&#233;raires dont les &#233;lans peu contrits m'&#233;taient d'avance insupportables. Je ne sais ce qui me d&#233;cida. Un article, peut-&#234;tre, soulignant &#171; l'honn&#234;tet&#233; &#187; du livre de Giocanti. Au fil des pages, malgr&#233; tout, et comme je le craignais, j'avais du mal &#224; tenir &#224; distance la fascination pour ce jeune homme de Martigues mont&#233; &#224; Paris. Sa brillance. Son culot. Ses &#233;mois. Son talent aussi. Il lui avait fallu - lui aussi ! - venir dans la capitale pour d&#233;couvrir avec &#233;motion combien le tenait le pays et la langue qu'il avait quitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ma Provence m'&#233;tait devenue beaucoup plus ch&#232;re de loin... Ma m&#232;re assurait, pour me taquiner, que j'avais appris le proven&#231;al &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;C'est en tout cas de Paris que Maurras correspond avec le vieux po&#232;te avignonnais Joseph Roumanille, l&#224; qu'il participe aux r&#233;unions de la Soci&#233;t&#233; des F&#233;libres de Paris, l&#224; qu'il prononce un &#233;loge de Th&#233;odore Aubanel, le po&#232;te de &lt;i&gt;La Miougrano Entre-duberto&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Grenade entrouverte&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le d&#233;crivant comme un Baudelaire proven&#231;al, ce qui lui vaudra l'adoubement de Mistral lui-m&#234;me qui lui &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Merci pour la cause. Veuillez, &#224; l'occasion, nous aider &#224; sauver notre &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Le proven&#231;al de Maurras n'est pour l'heure pas tr&#232;s correct. Il faudra faire corriger ses premiers textes. Il s'am&#233;liorera au fil des ann&#233;es, sa m&#232;re n'avait pas compl&#232;tement tort. Les po&#232;mes qu'il &#233;crira par la suite en proven&#231;al, m&#234;me s'ils ne sont pas tr&#232;s nombreux, lui permettront de participer pleinement au mouvement f&#233;librige, et plus tard, apr&#232;s bien des tractations (certains f&#233;libres s'inqui&#233;tant quand m&#234;me de voir associer &#224; leur cause les id&#233;es que Maurras repr&#233;sente), il sera fait Majoral, recevra la fameuse cigale d'or transmise de majoral &#224; majoral, et int&#233;grera ainsi le Consistoire des cinquante membres nomm&#233;s, garants de la &#171; philosophie f&#233;libr&#233;enne &#187;. Son attachement au mouvement f&#233;librige est d'ailleurs &#224; ce point essentiel pour lui, que lorsqu'en 1945, &#224; la suite du proc&#232;s qui le condamnera &#224; la prison et &#224; la d&#233;ch&#233;ance de ses droits, le Consistoire du f&#233;librige ayant d&#233;cid&#233; de l'exclure de son cercle, Maurras contestera avec virulence cette d&#233;cision. Depuis la centrale de Riom o&#249; il est incarc&#233;r&#233; il &#233;crit&lt;i&gt; Br&#232;u de memori &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; d'un m&#233;moire&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une centaine de pages r&#233;dig&#233;es en proven&#231;al dans lequel il argue de ce que le F&#233;librige, n'&#233;tant pas un corps d'&#201;tat, n'est pas oblig&#233; de suivre la loi de proscription. Son plaidoyer doit convaincre puisqu'il est d&#233;cid&#233; que la cigale d'or de Maurras sera seulement mise en sommeil. On ne nommera aucun Majoral pour lui succ&#233;der. A sa mort le journal du mouvement proven&#231;al ne pourra s'emp&#234;cher de rappeler que &lt;i&gt;toutes les fois que le F&#233;librige, la Provence, la langue d'Oc, eurent besoin de sa plume, il suivit la tradition mistralienne...&lt;/i&gt;, et que, en que, en cons&#233;quence, il convenait &lt;i&gt;de donner un dernier salut &#224; ce fils de Provence qui a &#233;crit dans notre langue et magnifiquement servi jusqu'&#224; sa mort l'id&#233;e de sa jeunesse rang&#233;e sous la banni&#232;re mistralienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien de Maurras au proven&#231;alisme et &#224; Mistral est loin d'&#234;tre anecdotique. Il est imm&#233;diatement politique. Dans &lt;i&gt;Maurras, le chaos et l'ordre&lt;/i&gt;, St&#233;phane Giocanti insiste sur cette conjonction en soulignant qu'en 1872, &#171; La D&#233;claration des f&#233;libres f&#233;d&#233;ralistes marque bien l'entr&#233;e de Maurras en politique. &#187; C'est dans le &#171; nationalisme &#187; proven&#231;al, cette identification d'une terre et d'une culture, cette image fig&#233;e et pr&#233;tendument &#233;ternelle qu'en a dress&#233;e Mistral, qu'il trouvera les arch&#233;types de sa pens&#233;e nationale. Avec, comme corolaire, la d&#233;signation de l'&#233;tranger comme m&#233;t&#232;que &#8211; donc ennemi. Entre Maurras et le mouvement mistralien, la proximit&#233; de pens&#233;e, de vocabulaire aussi, est constante. Jusqu'aux d&#233;tours des cantiques d'Eglise. Il ne faut pas gratter beaucoup pour s'apercevoir que le &lt;i&gt;Prouven&#231;au e catouli&lt;/i&gt;, ce cantique &#034;national&#034; de la Provence attribu&#233; souvent &#224; tort &#224; Mistral, est en fait l'&#339;uvre d'un certain Malachie Frizet (1849-1909), f&#233;libre r&#233;put&#233;, disciple de Mistral, longtemps secr&#233;taire de r&#233;daction du journal f&#233;libr&#233;een &lt;i&gt;Lou Prouven&#231;au&lt;/i&gt;. Il composa le cantique pour l'inauguration de la chapelle Notre-Dame de Provence, &#224; Forcalquier, en 1875. A cette occasion, Frizet re&#231;ut de Mistral le premier prix, une fleur d'or, qu'il accrocha aussit&#244;t au manteau bleu de la Vierge. Quelques ann&#233;es plus tard, l'auteur de l'hymne proven&#231;al devint r&#233;dacteur en chef du journal royaliste &#171; L'Eclair &#187;. Il le fut jusqu'&#224; sa mort. Pas &#233;tonnant, alors, qu'au fil des couplets on y entendit confier &#224; Notre-Dame la crainte d'un mauvais vent venu du nord, et la promesse de se mettre en Croisade au cas o&#249; il se ferait trop mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nouestei fi&#233;u, o boueno Maire. &lt;br/&gt;
Gardo-lei dei faus sav&#232;nt &lt;br/&gt;
Manten.li la fe dei paire, &lt;br/&gt;
Car s'aubouro un marrit v&#232;nt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#242;u Nord l'auro gla&#231;ado &lt;br/&gt;
Sus li champ v&#232;n mai boufa, &lt;br/&gt;
S'armaran p&#232;r la Crousado &lt;br/&gt;
Vers l'autar que t'aven fa !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre foi, &#244; bonne M&#232;re / Garde-la des faux savants / Maintiens la foi des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute faut-il faire attention de ne pas lire &#224; l'envers ce qui relie Maurras &#224; Mistral. Si Mistral a adoub&#233; le jeune po&#232;te, si Maurras a d&#233;velopp&#233; sa vision du monde &#224; partir de celle du Capouli&#233; du f&#233;librige, associant, autour de la figure de l'olivier, les r&#233;f&#233;rences &#224; une Gr&#232;ce antique, un spiritualisme de la terre et de la &#034;nation&#034;, et une r&#233;f&#233;rence continue &#224; la tradition catholique (ce qui, chez Mistral comme chez Maurras, ne va pas sans tension entre un paganisme de passion et un monoth&#233;isme de raison), il n'en reste pas moins que Mistral, mort en 1914, soit &#224; peine six ans apr&#232;s la cr&#233;ation de l'Action fran&#231;aise, n'a jamais, de pr&#232;s ou de loin, approch&#233; les activit&#233;s et les actions du mouvement. N'en reste pas moins qu'il y a des proximit&#233;s dont aujourd'hui les mistraliens fervents ne savent comment se d&#233;faire. Ainsi du sort r&#233;serv&#233; &#224; l'imposante plaque de marbre sur laquelle est grav&#233; l'hommage que rendit le mar&#233;chal P&#233;tain au po&#232;te de Maillane. Initialement r&#233;alis&#233;e pour le hall de la mairie du village, elle en fut enlev&#233;e &#224; la Lib&#233;ration. Elle fut alors entrepos&#233;e dans quelque cave municipale. Mais lorsque la maison-mus&#233;e de Mistral fut r&#233;habilit&#233;e &#224; des fins de visites, la question se posa : qu'en faire ? la mettre ? ne pas la mettre ? Elle fut finalement appos&#233;e dans un angle du grand escalier. Ni mise en avant. Ni &#233;cart&#233;e. L&#224; sans y &#234;tre, en quelque sorte. Entre dit et non-dit. Comme le sont toujours les familiarit&#233;s qu'entretient le provencialisme f&#233;librige avec la R&#233;volution nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir &#224; l'&#233;poque les mots pour le dire, sans faits pr&#233;cis auxquels me rattacher, je crois avoir pressenti d&#232;s ma jeunesse qu'il y avait l&#224;-bas, &#224; l'autre bout de la Provence, un point o&#249; convergeaient la survivance de la langue ancienne et l'infamie qui avait conduit les hommes de ma famille &#224; la collaboration. J'avais entendu parler de rassemblements d' &#171; anciens &#187; dans la r&#233;gion des Baux. A l'encontre de mon p&#232;re qui refusait d'en &#234;tre, mes oncles y allaient, et il avait suffit de quelques mots glan&#233;s lors de leurs discussions entre hommes - &#171; mas &#187;, &#171; noblesse &#187;, &#171; chants &#187;, &#171; banquets &#187;, &#171; chevaux &#187;, &#171; richesse &#187;,... - pour que j'en voulus &#224; mon p&#232;re de ne pas nous y emmener. Plus tard, par le biais d'une amie qui y avait de la famille, je fis un passage &#233;clair dans un de ces mas de noblesse proven&#231;ale. Cela ne fit que me confirmer que, malgr&#233; les attraits qu'elle exer&#231;ait sur moi, cette &#171; Haute-Provence &#187; ne m'&#233;tait pas destin&#233;e. &#171; Haute-Provence &#187;, oui. Provence noble, &#233;litaire, parlant le &#171; Haut-proven&#231;al &#187; comme j'entendrais dire &lt;i&gt;Hoch Deutsch&lt;/i&gt; pour la langue allemande la plus consid&#233;r&#233;e. Provence sup&#233;rieure, en quelque sorte, par rapport &#224; celle dont nous &#233;tions issus : marginale, d&#233;centr&#233;e, pouilleuse et patoisante. De cette Provence, aussi, je n'&#233;tais qu'une sorte de lointain b&#226;tard. Un &#233;tranger. Et la langue que l'on y parlait, aussi vibrante que je la ressentis, aussi intime, part de moi-m&#234;me, corps de mon corps, m'&#233;tait aussi langue &#233;trang&#232;re, langue qui tout &#224; la fois m'avait &#233;t&#233; vol&#233;e en bouche, m'emp&#234;chant de la parler, et d&#233;rob&#233;e par une caste lointaine, h&#233;r&#233;ditaire, m'emp&#234;chant tout autant. Je contresignais alors toutes les d&#233;cisions de mon grand-p&#232;re qui avait souhait&#233; pour les siens de se tenir &#224; l'&#233;cart de cette langue perdue. La France, le fran&#231;ais, c'&#233;tait l&#224; notre destin, et notre seul combat &#233;tait de s'en faire accepter, y &#234;tre le meilleur. Grande fut sa fiert&#233; lorsque rompant toute pr&#233;tention &#224; un avenir scientifique je m'engageais dans des &#233;tudes de lettres fran&#231;aises. A son id&#233;e, je prolongeais son exigence de beau parler, d'&#233;criture sans d&#233;faut. Il fut le seul de la famille &#224; me soutenir sans conditions dans ce choix &#224; contre-courant. C'&#233;tait donc dit : je ferais Kh&#226;gne au lyc&#233;e Mass&#233;na de Nice, Normale sup, plus tard, &#224; Paris. Ni lui ni moi ne pouvions pr&#233;voir que les ann&#233;es &#224; venir verraient fleurir les cent fleurs d'une r&#233;volte qui, ici, dans notre extr&#234;me-sud, chercherait son langage sous les couleurs jaune et rouge frapp&#233;es de l'&#233;toile occitane. Et d'un mot d'ordre : &lt;i&gt;Volem viure al pais.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous voulons vivre au pays&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/191' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/196' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maurras, le chaos et l'ordre&lt;/i&gt;, Flammarion 2006&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Grenade entrouverte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; d'un m&#233;moire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notre foi, &#244; bonne M&#232;re / Garde-la des faux savants / Maintiens la foi des p&#232;res / Car il se l&#232;ve un mauvais vent. / Si du nord la bise glac&#233;e / Sur les champs vient souffler &#224; nouveau /Nous nous armerons pour la Croisade / Vers l'autel que nous t'avons fait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous voulons vivre au pays&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>9</title>
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		<dc:creator>Michel S&#233;onnet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je veux croire &#224; cet air du temps que l'on respire sans y prendre garde, une bouff&#233;e ici, une bouff&#233;e l&#224;, et un jour &#231;a prend corps en soi, comme si c'&#233;tait de soi, on ne sait pas comment &#231;a a commenc&#233; ce dont on est s&#251;r c'est que cela r&#233;pondait &#224; une attente que l'on ne savait pas dire, comme une r&#233;ponse qui serait venue sans que l'on e&#251;t eu conscience de poser la question. Ainsi de l'occitanisme qui nous &#233;chut dans ce d&#233;but des ann&#233;es 70. On peut bien s&#251;r, apr&#232;s coup, en retracer le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/" rel="directory"&gt;Retour &#224; la langue perdue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je veux croire &#224; cet air du temps que l'on respire sans y prendre garde, une bouff&#233;e ici, une bouff&#233;e l&#224;, et un jour &#231;a prend corps en soi, comme si c'&#233;tait de soi, on ne sait pas comment &#231;a a commenc&#233; ce dont on est s&#251;r c'est que cela r&#233;pondait &#224; une attente que l'on ne savait pas dire, comme une r&#233;ponse qui serait venue sans que l'on e&#251;t eu conscience de poser la question. Ainsi de l'occitanisme qui nous &#233;chut dans ce d&#233;but des ann&#233;es 70. On peut bien s&#251;r, apr&#232;s coup, en retracer le chemin bien plus large que soi, les &#233;v&#233;nements, les dates. Mais sur le moment, &#231;a vient. On ne fait qu'accueillir. Une chanson. Un article. Un livre. Une conf&#233;rence. Et un jour on se retrouve &#8211; je me retrouve &#8211; perch&#233; sur la remorque d'un tracteur, agitant des banderoles &lt;i&gt;Volem viure al pa&#239;s&lt;/i&gt;, un parmi des centaines, des milliers, 40 000 ? 50 000 ? c'est un d&#233;cor immense de rochers et d'herbes s&#232;ches, de tentes, de drapeaux, de vent, de soleil &#233;crasant et de fraicheur bienvenue lorsque, d'un bord &#224; l'autre de la nuit, ces milliers rassembl&#233;s, tant&#244;t dansant, tant&#244;t chantant, tant&#244;t s'aimant, se laissent traverser par la voix illuminatrice de Colette Magny ou reprennent &#224; la vol&#233;e les chants de Claude Marti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vos vau parla d'un pa&#239;s que vol viure,&lt;br/&gt;
vos vau parla d'un pa&#239;s que moritz...&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je vais vous parler d'un pays qui veut vivre, je vais vous parler d'un pays (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a lieu le 25 ao&#251;t 1973, dans le cirque de Rajal, sur le causse du Larzac. Je connaissais d&#233;j&#224; les chansons de Claude Marti. J'avais certains de ses disques. Mais l&#224;, sur le causse, au milieu de la nuit, et ces milliers que nous &#233;tions sur les rochers, les replats, comme une constellation terreuse &#233;clairant tout autant que celles qui sont dans le ciel : c'&#233;tait quelque chose d'une liturgie dont Marti &#233;tait l'officiant. J'ai retrouv&#233; quelques photos sur internet, et &#224; les regarder c'est tout le corps qui en frissonne encore comme s'il se souvenait de sa propre naissance. Nous &#233;tions venus de Nice. Un cort&#232;ge de voitures, de tracteurs, de bus aussi, tous nantis de drapeaux, de banderoles. &#171; Marche sur le Larzac des paysans travailleurs &#187;. Les &#171; paysans travailleurs &#187;, &#224; cette &#233;poque, c'est l'extr&#234;me gauche paysanne, influence chinoise (le paysan est un travailleur), mani&#232;re des gens de la terre de s'ins&#233;rer dans un mouvement qui, depuis que les feux de mai 68 ont &#233;t&#233; &#233;teints, n'a cess&#233; de tracer son chemin de poudre. Les viticulteurs du Languedoc. Lip. Le Larzac, maintenant, o&#249; l'arm&#233;e veut &#233;tendre son camp militaire au d&#233;triment des troupeaux de moutons. Des &#171; paysans-travailleurs &#187;, il y en a aussi &#224; Nice. Sur les collines. Quelques jeunes cultivateurs d'&#339;illets qui ont rejoint les exploitations familiales mais ne veulent pas pour autant rompre avec les camaraderies &#233;tudiantes et ouvri&#232;res. En route, notre cort&#232;ge s'est augment&#233; de viticulteurs, de maraichers. Il y a eu plusieurs haltes. Plusieurs jours. Et l&#224;, arrivant sur le plateau moins vite que marche &#224; pied tellement il y a de monde, c'est cette vertigineuse fraternit&#233; o&#249; le &#171; tous unis &#187; de la banderole f&#233;d&#233;ratrice n'efface pas les revendications de diff&#233;rences, de particularit&#233;s. Plus encore &#8211; et c'est sans doute cela la fiert&#233; qui nous &#233;treint : c'est &#171; notre &#187; diff&#233;rence, &#171; notre &#187; diff&#233;rence occitane qui rassemble et qui unit lorsque, le jour suivant, ces milliers traversent le causse jusqu'&#224; une ferme interdite par les militaires en scandant : &lt;i&gt;Gardarem lo Larzac&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marti &#233;tait enseignant. Instituteur. Et enseigner c'&#233;tait ce que, po&#233;sie et musique aidant, il faisait au gr&#233; de ses chansons. Enseigner l'histoire. Enseigner le pays. Cette part du monde effac&#233;e et la langue pour la dire. De Marti, j'avais d&#233;j&#224; appris &lt;i&gt;Lo nom de mon pa&#239;s&lt;/i&gt; &#8211; Occitanie. Un pays bien plus large que cette Haute-Provence dont je me d&#233;fiais. Un pays avec une &#171; vraie &#187; langue qu'authentifiait le s&#233;rieux de grammaires, de dictionnaires, de linguistes. Mais surtout : un pays avec une histoire qui faisait de ses habitants un peuple. De Marti, j'appris les Cathares et Monts&#233;gur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinc cents &#232;retz a Montsegur &lt;br/&gt; sabent &#231;&#242; que viure v&#242;l dire...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils &#233;taient cent &#224; Monts&#233;gur / ils savaient ce que vivre veut dire&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris les luttes viticoles du Languedoc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcelin Albert, e la communo de Narbonno.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcelin Albert, et la commune de Narbonne&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris aussi (ou plut&#244;t, je red&#233;couvris ce que j'avais d&#233;j&#224; c&#244;toy&#233; au cours de mes &#233;tudes, mais dans la langue originale cette fois) la prodigieuse floraison po&#233;tique des &lt;i&gt;trobadors&lt;/i&gt;, Bernart de Vantadorn, Jauffre Rudel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a qui m'&#233;blouissait : que tant de hautes merveilles aient &#233;t&#233; &#233;crites dans une langue s&#339;ur de la langue patoisante de mes anciens. Que leur souffle ait &#233;t&#233; pris &#224; ce souffle l&#224;. &#199;a qui me r&#233;voltait : que je n'en aie rien su jusque l&#224;. Et je pouvais alors reprendre avec tant d'autres la chanson de l'instituteur Marti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mas perqu&#233;, perqu&#233; &lt;br/&gt;
.M'an pas dit &#224; l'esc&#243;la...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais pourquoi, pourquoi / On ne m'a pas dit &#224; l'&#233;cole...&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me revenait avec Marti (je dis Marti, car ce fut &#8211; r&#244;le d'instituteur ! - la porte qui s'ouvrit &#224; la facilit&#233; de l'ignare, apr&#232;s ce fut livres sur livres), ce qui faisait r&#233;v&#233;lation, c'&#233;tait la lourde p&#226;te d'histoire dans laquelle tout cela &#8211; langue, livres, po&#232;mes &#8211; prenait essor, mouvement, et donc aussi devenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; Mistral et au F&#233;libre, Marti et tout le mouvement occitaniste nous redonnaient la langue et l'histoire dans un pr&#233;sent o&#249; nous pouvions prendre place. Les Cathares nous &#233;taient contemporains. Ils avaient fait face &#224; la guerre d'extermination men&#233;e par les fran&#231;ais et l'&#201;glise de la m&#234;me mani&#232;re que, un peu partout dans le monde au moment o&#249; Marti les chantait &#8211; et nous avec lui -, des peuples devaient lutter pour leur libert&#233; et leur ind&#233;pendance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de janvier de cette ann&#233;e 1973, la signature des accords de Paris avait mis fin &#224; la guerre du Vietnam &#8211; et c'&#233;tait comme une revanche posthume des morts de Monts&#233;gur, des b&#251;chers de Narbonne. Sur le causse du Larzac, dans l'immensit&#233; du cirque de Rajal, des membres de l'IRA avaient pris la parole, des exil&#233;s du Chili sous la botte depuis deux ans, des opposants Grecs qui avaient fuit le r&#233;gime des colonels. Et lorsque certains, dans l'&#233;lan, d&#233;non&#231;aient le &#171; g&#233;nocide culturel de l'Occitanie par le colonialisme int&#233;rieur &#187;, c'&#233;tait mani&#232;re de se hausser &#224; la grandeur de cette histoire. A sa dignit&#233;. A sa promesse, aussi : ce n'&#233;tait pas un combat perdu d'avance. Il y avait dans ce brassage de langues, de luttes et de po&#233;sie l'ouverture d'un futur possible qui avait tout pour s&#233;duire un jeune homme de m&#234;me pas vingt ans qui &#233;crirait &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;cal lutar o se faire mai pichon qu'un mort &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut lutter ou se faire plus petit qu'un mort&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans son unique po&#232;me en langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Moins aveugl&#233; ou plus curieux j'aurais pourtant pu d&#233;couvrir certaines de ces choses &#224; la lecture de Mistral et des auteurs f&#233;libr&#233;ens. Ceci, par exemple, que je d&#233;couvre aujourd'hui dans une tr&#232;s longue note de Mistral qui commente ses propres vers de &lt;i&gt;Calendal&lt;/i&gt;, et particuli&#232;rement ce passage de l'invocation &#224; l'&#226;me de la Provence o&#249; il est question de ce qui fut appel&#233; croisade contre les Albigeois et que j'avais d&#233;couvert &#224; l'&#233;coute de Marti sous le nom embl&#233;matique de Monts&#233;gur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la croisade command&#233;e par Simon de Montfort, &#233;crit Mistral, ne f&#251;t dirig&#233;e ostensiblement que contre les h&#233;r&#233;tiques du Midi et plus tard contre le Comte de Toulouse, les villes libres de Provence comprirent admirablement que sous le pr&#233;texte religieux se cachait un antagonisme de race et quoique tr&#233;s-catholiques, elles prirent hardiment parti contre les Crois&#233;s. Il faut dire, du reste, que cette intelligence de la nationalit&#233; se manifesta spontan&#233;ment dans tous les pays de langue d'Oc, c'est-&#224;-dire depuis les Alpes jusqu'au golfe de Gascogne et de la Loire jusqu'&#224; l'&#200;bre. Ces populations, de tout temps sympathiques entre elles par une similitude de climat, d'instincts, de m&#339;urs, de croyances, de l&#233;gislation et de langue, se trouvaient &#224; cette &#233;poque pr&#234;tes &#224; former un &#233;tat de Provinces-Unies. Leur nationalit&#233;, r&#233;v&#233;l&#233;e et propag&#233;e par les chants des Troubadours, avait m&#251;ri rapidement, au soleil des libert&#233;s locales. Pour que cette force &#233;parse prit vigoureusement conscience d'elle-m&#234;me, il ne fallait plus qu'une occasion, une guerre d'int&#233;r&#234;t commun. Cette guerre s'offrit, mais dans de malheureuses conditions. Le Nord, arm&#233; par l'&#201;glise, soutenu par cette influence &#233;norme qui avait, dans les Croisades, pr&#233;cipit&#233; l'Europe sur l'Asie, avait &#224; son service les masses innombrables de la Chr&#233;tient&#233;, et &#224; son aide l'exaltation du fanatisme. Le Midi, tax&#233; d'h&#233;r&#233;sie, mal gr&#233; qu'il en e&#251;t, travaill&#233; par les pr&#233;dicants, d&#233;sol&#233; par l'Inquisition, suspect &#224; ses alli&#233;s et d&#233;fenseurs naturels (entre autres le Comte de Provence), faute d'un chef habile et &#233;nergique, apporta dans la lutte plus d'h&#233;ro&#239;sme que d'ensemble, et succomba. Il fallait, parait-il, que cela fut, pour que la vieille Gaule devint la France moderne. Seulement, les M&#233;ridionaux eussent pr&#233;f&#233;r&#233; que cela se fit plus cordialement, et d&#233;sir&#233; que la fusion n'all&#226;t pas au-del&#224; de l'&#233;tat f&#233;d&#233;ratif. C'est toujours un grand malheur quand par surprise la civilisation doit c&#233;der le pas &#224; la barbarie, et le triomphe des &lt;i&gt;Franchimands&lt;/i&gt; retarda de deux si&#232;cles la marche du progr&#232;s. Car, ce qui fut soumis, qu'on le remarque bien, ce fut moins le Midi mat&#233;riellement parlant que l'esprit du Midi. (.../...) la s&#232;ve autochtone qui s'&#233;tait &#233;panouie en une po&#233;sie neuve, &#233;l&#233;gante, chevaleresque, la hardiesse m&#233;ridionale qui &#233;mancipait d&#233;j&#224; la pens&#233;e et la science, l'&#233;lan municipal qui avait fait de nos cit&#233;s autant de r&#233;publiques, la vie publique enfin circulant &#224; grands flots dans toute la nation, toutes ces sources de politesse, d'ind&#233;pendance et de virilit&#233;, &#233;taient taries, h&#233;las pour bien des si&#232;cles. Aussi, que voulez-vous ? bien que les historiens fran&#231;ais condamnent g&#233;n&#233;ralement notre cause, quand nous lisons, dans les chroniques. proven&#231;ales, le r&#233;cit douloureux de cette guerre inique, nos contr&#233;es d&#233;vast&#233;es, nos villes saccag&#233;es, le peuple massacr&#233; dans les &#233;glises, la brillante noblesse du pays, l'excellent Comte de Toulouse, d&#233;pouill&#233;s, humili&#233;s, et d'autre part, la valeureuse r&#233;sistance de nos p&#232;res aux cris. enthousiastes de : &lt;i&gt;Tolosa ! Marselha ! Avinhon ! Provensa !&lt;/i&gt; il nous est impossible de ne pas &#234;tre &#233;mu dans notre sang...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'&#233;tait-ce pas quelque chose de cette &#233;motion du sang que Marti avait r&#233;veill&#233; dans le corps du jeune homme que j'&#233;tais, le Larzac advenant alors comme une terre de renaissance ? Et n'est-ce pas cette m&#234;me &#233;motion qui viendrait de me saisir, bien des ann&#233;es plus tard, et dont je tente ici de m'expliquer ? Encore faut-il s'entendre sur ce qu'il en est de ce &#034;sang&#034;. Car on voit vite comment ce mot peut facilement entra&#238;ner du c&#244;t&#233; de la race, de la nation, tout un pathos qui irrigue les nationalismes et fomente la haine de l'autre. Mais &#233;motion &#034;du sang&#034;, oui, si on dit l&#224;, comme dans &#034;coup de sang&#034;, quelque chose qui monte du corps lui-m&#234;me, plus fort que le corps, la raison, quelque chose du c&#339;ur, alors, qui est l'origine du sang, quelque chose des entrailles. N'est-ce pas de cela qu'il est question ici ? De quelque chose qui ferait corps en soi d'une langue, comme un sang endormi et retrouv&#233; ? Et l'espoir que si le sang se r&#233;veille il peut encore y avoir de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/192' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre pr&#233;c&#233;dent)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.petitspointscardinaux.net/nice-et-ses-entours/retour-a-la-langue-perdue/article/197' class=&#034;spip_in&#034;&gt;(chapitre suivant)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je vais vous parler d'un pays qui veut vivre, je vais vous parler d'un pays qui meurt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils &#233;taient cent &#224; Monts&#233;gur / ils savaient ce que vivre veut dire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcelin Albert, et la commune de Narbonne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais pourquoi, pourquoi / On ne m'a pas dit &#224; l'&#233;cole...&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut lutter ou se faire plus petit qu'un mort&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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